Pour mieux me connaître
et comprendre ma démarche

Je m’appelle Sylvie Bourreau-Tirel. Je suis née en 1957. Curieuse d’art, de peinture en particulier, je devais avoir une vingtaine d’années quand je me suis dit qu’un jour je me lancerais ! Ce jour est venu. C’était le 3 octobre 2017. Ce matin-là, je me suis rendue dans l’atelier d’une amie artiste, Dany Raoux, qui m’avait gentiment proposé de me faire don de quelques « clés » pour m’aider à passer le seuil d’un univers qui m’intimidait beaucoup : matériel, techniques et surtout, bien sûr, COULEURS. Elle est particulièrement attachée à l’harmonie de celles-ci, qu’elle obtient la plupart du temps à partir des trois primaires. Sous son généreux regard rassurant, guidée et encouragée par de précieux conseils d’une grande précision, je me suis aventurée dans une variation autour des Arbres rouges de Vlaminck, qui m’a accaparée jusqu’au printemps 2018.

Depuis, j’ai ouvert — seule, par choix — bien des portes. Comme dans un labyrinthe, certaines ne m’ont menée nulle part*, d’autres m’ont fait entrevoir de multiples directions. Je crois avoir tracé certains chemins, piquée par l’aiguillon de la COULEUR. C’est elle qui me fait avancer.

Cette obsession de la couleur, je la dois au bonheur que me procurent, en particulier, les œuvres de Van Gogh, Gauguin, Matisse, Vlaminck, Derain, Estève, De Staël… Couleur, mais aussi matière. Couleur et matière structurent l’espace de la toile. Je travaille toujours à l’huile, alternativement ou simultanément, au pinceau et au couteau, avec une prédilection affirmée pour cet instrument.

Quant à ce qui décide de ce que je vais peindre, ce sont mes sentiments, sensations, impressions, émotions, d’où un foisonnement et une multiplicité d’univers et de modes d’expression. Je m’empare d’une kyrielle d’expériences qui font surgir une envie de toile. Je suis particulièrement redevable aux auteurs qui m’ont accompagnée jusque-là. Nombreuses sont les pages de romans, de poèmes, de pièces de théâtre, d’essais… qui font naître en moi des « images » qui prennent vie sur les toiles.

Par ailleurs, que ce soit dans le quotidien, en voyage, lors de la visite d’un musée, d’une exposition, au spectacle, je suis sans cesse à l’affût de ces « images » — que je m’efforce de graver dans mon esprit, notamment à l’aide d’une trace écrite, ou que je photographie — pour nourrir mes souvenirs et mon imaginaire. Après recadrage, voire déconstruction, et selon mes humeurs du moment, ces « instantanés » prennent corps sur les toiles, structurées par la couleur et la matière.

Mais avant tout, un titre doit s’imposer, comme une évidence, et c’est l’univers qu’il convoque qui commande la manière. Tel sujet réclame une construction abstraite, tel autre, une composition figurative.

Par exemple, j’ai entrepris au long cours une série ayant pour thème Les jardins littéraires. Sa facture est abstraite. Elle prend l’aspect d’une mosaïque de formes éclatées et de couleurs intenses. Cela me paraissait être le mode d’expression idoine pour ce projet.

Autre exemple : j’ai commencé un ensemble de ce que j’appelle Mes grandes bonnes femmes. Là, le figuratif stylisé m’est apparu comme incontournable.

Par ailleurs, j’ai réalisé un travail sur Sisyphe en deux volets. L’un figuratif dont le titre est éponyme, l’autre, abstrait, que je nomme Il faut imaginer Sisyphe heureux.

Ainsi, abstraction et figuration coexistent et alternent au gré de mes inspirations.

Pour définir ma production, j’aurai recours à la métaphore de la tissure dont les fils de trame et de chaîne seraient autant de thèmes, de manières, de genres et de styles, qui se feraient écho par le sens, les formes, les textures et les couleurs. Aussi le regardeur est-il un acteur essentiel, invité à tirer les fils de ce tissage… Parfois, même, il est sollicité sur l’orientation d’accrochage de certains tableaux…

* Certaines « portes » ne m’ont menée nulle part, d’où des toiles recouvertes, autant de palimpsestes donnant de l’épaisseur au nouveau sujet.